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Fiche technique :
Réalisation : Roman Polanski – Scénario: Robert Harris et Roman Polanski – Directeur de la photographie : Pawel Edelman – Montage : Hervé de Luze – Musique : Alexandre Desplats – Décor : Jean Rabasse – Production : Légende films et R.P. production – Distribution en France : Gaumont distribution

Avec :
Jean Dujardin (Colonel Picquart), Louis Garrel (Capitaine Dreyfus), Emmanuelle Seigner (Pauline Monnier), Gregory Gadebois (Henry), Hervé Pierre (Général Gonse), Wladimir Yordanoff (Général Mercier), Didier Sandre (Général de Boisdeffre), Melvil Poupaud (Maître Labori), Mathieu Amalric (Bertillon), André Marcon (Émile Zola)…

J'accuse

France, Royaume-Uni, Pologne, 2019, 126min.
Prix du Jury Festival Venise 2019

Réalisation : Roman Polanski

Biographie :

Né en 1933 à Paris, Roman Polanski est acteur, metteur en scène, scénariste et réalisateur de films dont les plus connus sont Répulsion, Cul de sac, Le Bal des vampires, Rosemary's Baby, Chinatown, Le Locataire, Tess, Le Pianiste, Oliver Twist. Il a reçu de nombreuses récompenses : Ours d'or en 1966, quatre César du meilleur réalisateur entre 1980 et 2014, Palme d'or en 2002, Oscar du meilleur réalisateur en 2003, Grand prix du jury de la Mostra de Venise pour J'accuse

Résumé :

C’est l’histoire de l’Affaire Dreyfus, une erreur judiciaire sur fonds d’antisémitisme, qui déchira la France de 1894 à 1906, racontée du point de vue du Colonel Picquart. Ce dernier, nommé à la tête du contre-espionnage, découvre que les preuves contre Dreyfus ont été fabriquées et il mène, au péril de sa carrière et même de sa vie, un combat acharné pour dénoncer les coupables et faire réhabiliter le Capitaine Dreyfus.

Analyse :

Polanski s’attaque à un sujet peu abordé par le cinéma, sauf en France, les films de Georges Méliès dès 1899 et de Zecca (1902 et 1908), puis à l’étranger et dans les années Trente, deux ou trois films dont La vie d’Émile Zola de l’Américain Dieterle (1937). Il faudra attendre la fin du XXème siècle pour voir l’Affaire enfin traitée dans deux téléfilms : Emile Zola ou la conscience humaine (Stellio Lorenzi,1978) et L’affaire Dreyfus (Yves Boisset, 1995).

Polanski suit le livre intitulé D. de Robert Harris, scénariste de Ghostwriter, qui s’éloigne de la vérité historique stricte, en hypertrophiant le rôle du colonel Picquart, et minimisant celui des autres soutiens du Capitaine injustement incarcéré, notamment celui de son épouse vaillante et obstinée, Lucie Dreyfus. Il met en scène un Dreyfus raide et froid, peu propre à susciter la sympathie, une image de victime antipathique longtemps collée au capitaine, qui a été inventée et répandue par les antidreyfusards. 

Néanmoins, malgré les libertés qu’il prend avec la vérité historique, le film réussit la gageure de condenser une histoire extraordinairement compliquée en une narration limpide, grâce à une construction maîtrisée et d’habiles flash-back.

Plus qu’un film historique, Polanski nous propose un véritable thriller, avec tous ses ingrédients : le faux-coupable, le héros-justicier solitaire, la contre-enquête, l’atmosphère haineuse et paranoïaque, un suspense sans faille. Il s’appuie sur une ribambelle d’acteurs parfaits dont Jean Dujardin, remarquable d’opacité et de retenue, Louis Garrel qui compose un Dreyfus raide, fantomatique et dévasté, Gregory Gadebois inquiétant en colonel Henry, et Melvil Poupaud, et Mathieu Amalric et tous les autres.

Autres réussites du film, la musique d’Alexandre Desplats, la photographie de Pawel Edelman et les décors : un Paris enfoui dans la grisaille, les locaux sordides des services secrets, et l’époustouflante scène inaugurale, celle de la dégradation de Dreyfus, avec la caméra qui rase le sol, la photographie gris-bleu et le rouge des uniformes.

Sans préjuger de la suite du débat autour de Polanski – faut-il séparer l’homme de l’artiste ? - que certains groupes féministes appellent à boycotter en raison d’accusations d’abus sexuels portées contre lui, il faut enfin souligner l’extraordinaire actualité de J’accuse.Il nous montre un héros qu’on qualifierait aujourd’hui de lanceur d’alerte ou de partisan de la désobéissance civile et nous donne à voir, comme un miroir de la nôtre, une société où règnent des logiques d’exclusion et des discours xénophobes.

 

Nic Diament

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