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Fiche technique :
Réalisation : Jane Campion - Scénario, : Jane Campion - Photographie : Stuart Dryburgh - Montage : Veronika Janet - Musique originale : Michael Nyman - Distribution France : Carlotta Films.

Avec :
Holly Hunter (Ada McGrath) ; Harvey Keitel (Baines) ; Sam Neill (Stewart).

La leçon de piano (The Piano)

Nouvelle-Zélande, Australie, France, 1993, 121min.

Réalisation : Jane Campion

Biographie :

Première femme à remporter la Palme d'or au Festival de Cannes 1993 pour La Leçon de piano, cette Néo-Zélandaise est aussi la première à présider le jury des longs métrages lors de la 67e édition de ce même festival. Anthropologue puis peintre, passionnée de théâtre, elle débouche finalement sur la réalisation. Ses courts métrages sont tous primés etSweetie (1989, premier long métrage) la fait remarquer au Festival de Cannes. Ses personnages féminins se remarquent pour leurs fortes personnalités.

Résumé :

Ada, mère muette de Flora, une enfant d'une dizaine d'années, quitte le berceau familial anglais pour épouser un inconnu en Nouvelle-Zélande. Son nouveau mari cèdera à un voisin inculte, contre quarante hectares de terres, le cher piano-confident arrivé avec les bagages. La jeune femme le renégocie, touche par touche, avec le nouveau propriétaire.

Analyse :

« Je ne parle plus depuis l'âge de six ans. » Le passé d'Ada ne nous est pas connu. Il est caché comme sa parole. La présence de sa fille, Flora, à laquelle elle est très attachée et qui lui sert d'interprète, prouve que la jeune femme a rencontré un homme, accepté ou non, vivant encore ou non. Ada en fait, pour sa fille, le héros d'un conte. Dans sa situation de mère célibataire, ses parents devront lui trouver un époux sans être trop difficiles.

Ada débarque sur une plage déserte dans une lumière bleue qui souligne la peur lisible sur son visage : elle doit se livrer aux nombreuses mains prêtes à la sortir de l'embarcation précaire sur un océan agité pour la porter, avec Flora, jusqu'au rivage. Cette terreur devant les autochtones animera sa colère contre son sort lorsqu'elle se trouvera seule avec l'enfant, le piano et les bagages. Leur abri pour la nuit sera fait d'une crinoline recouverte d'un jupon. Le personnage est brossé : faible et forte à la fois, adaptable à toute situation.

Plus tard, lorsque le voisin Baines remmène, à leur demande, la mère et la fille sur la plage pour jouer du piano abandonné, c'est pour lui la révélation que sa vie était vide. Leurs visages sont enjoués, quelques gracieux pas de danse de la gamine animent le tableau enchanteur qu'il n'ose troubler. Dans cette région isolée quelque chose est possible qu'il ne veut pas laisser passer. Au crépuscule, la tête baissée, il regarde l'hippocampe dessiné par l'enfant avec des cailloux sur la plage. C'est le déclenchement de son processus de séduction.

La réalisatrice non seulement filme des paysages somptueux, mais réussit, avec la complicité d'une Holly Hunter magistrale, à faire parler une muette à travers ses expressions, bien sûr, mais surtout sa musique qui devient un langage. Les émotions d’Ada n’ont pas d’autre exutoire que leur écho à travers le son du piano. En lien avec lui, sous les caresses, l'éveil sensuel agréé par la jeune femme s'exprime dans son interprétation. La représentation par Jane Campion de la nature et des arbres souligne l'érotisme délicat ressenti. La parole libre des Maoris témoigne de son naturel.

Récompensé par une Palme d'Or et un prix d'interprétation féminine pour Holly Hunter à Cannes, et plusieurs Oscars, ce film réussit, à travers son apparente retenue, à mettre en évidence, dans une société coincée, la force du désir.

Nicole Vercueil

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