logo



PROtestants et FILmophiles

PROmouvoir les FILms dont la qualité artistique et humaine aide à la connaissance du monde contemporain


ACCUEIL - QUI SOMMES-NOUS ? - ACTIVITES - PUBLICATIONS - GROUPES - CRITIQUES DE FILMS - RADIO - EN SALLE - FESTIVALS






Les hirondelles de Kaboul

de : Zabou Breitman et Eléa Gobbé-Mévellec, France 2019, 80min.

Les hirondelles de Kaboul est l’adaptation du best-seller d’un auteur algérien, Yasmina Khadra (nom de plume de Mohammed Moulessehoul, composé à partir des prénoms de son épouse), paru en 2002. C’est un pamphlet virulent dénonçant l’obscurantisme des talibans en Afghanistan, la terreur qu’ils font régner et la situation qu’ils réservent aux femmes. L’adaptation qu’en ont faite, à quatre mains, Zabou Breitman et Eléa Gobbé-Mévellec est une totale réussite à la fois cinématographique et graphique, ceci essentiellement pour deux raisons. La première est le choix des réalisatrices d’avoir réalisé un film d’animation, choix particulièrement judicieux car c’était sûrement la meilleure façon de montrer autant de violence, tout en défiant malicieusement les islamistes qui interdisent la représentation de l’être humain. Le filtre des dessins animés permet de traduire l’horreur en l’atténuant, en lui conférant un contour plus doux que la réalité, une certaine irréalité, en permettant, comme l’a affirmé Zabou Breitman, de montrer l’in-montrable. Sans que pour autant la barbarie du propos soit occultée ; la terreur règne dans les rues, les hommes sont pendus, la musique est interdite, les femmes, méprisées, confinées dans l’obscurité, ne voyant le monde, comme le montrent certains plans en caméra subjective, qu’à travers la grille de leur tchadri ; elles sont lapidées, ou exécutées lors de grandes manifestations publiques dans les stades. Elles doivent obéissance à leur mari, ne peuvent sortir seules, et comme le dit un des protagonistes, « aucun homme ne doit quoi que ce soit à une femme ». Cette tragique réalité nous est montrée à travers le graphisme sobre et stylisé et les couleurs pastelles de la talentueuse Eléa Gobbé-Mévellec. Les tons bleus délavés, les ocres pâles, tout en délicatesse, apportent légèreté, douceur et poésie, contrastant avec la bande son qui accentue la barbarie de ces hommes qui font crépiter leurs armes à tout propos et sèment la terreur. Tandis que les couleurs deviennent plus vives lorsque sont montrées des scènes nostalgiques du passé, des femmes sortant non voilées du cinéma, l’animation de librairies, de bars, tous ces bâtiments aujourd’hui en ruines.

La seconde raison est que la réalisatrice a pris le parti de faire jouer leur rôle aux acteurs de doublage qu’elle a filmés avant l’intervention de la graphiste qui les a redessinés et animés. De sorte que le dessin épouse les acteurs que l’on reconnaît (Swann Arlaud, Zita Hanrot ou Simon Abkarian), ce qui donne une impression de réalisme et d’intimité avec les personnages. 

Ce très beau film est une ode à la liberté, à la résistance, à la femme. Les personnages principaux sont entrés en résistance malgré la peur ; même les personnages secondaires, comme Nazish, un ancien mollah qui ne supporte plus les atrocités commises au nom de l’Islam, ou le bienveillant professeur Arash, qui a créé une école clandestine. En ce sens il est plein d’espoir comme dans la dernière image du film où des femmes pourchassées se dispersent comme une volée d’hirondelles dans le ciel de Kaboul. Sans manichéisme il pose aussi l’intéressante question de la dualité chez l’humain. Même chez des êtres bons et ouverts, comme Mohsen et Atiq, il peut y avoir la tentation du mal quand ils sont soumis à la terreur et à la peur. Attitude universelle de l’être humain qu’il est difficile de juger car il garde toujours sa part d’humanité. 

Autres articles sur ce film

  • Les hirondelles de Kaboul (N. Vercueil)
  • Emission Champ Contre champ du 24 septembre 2019 (J. Lods, F. Lods, J. Wilkowski et M. Campana)
  • Angoisse face au radicalisme islamiste (J. Wilkowski)
  • Emission Ciné qua non du 17 septembre 2019 (C. Bonnet et H. Lassale)
  • Les hirondelles de Kaboul (F. Wilkowski-Dehove)
  • Des films d'animation brillants ! (F. Wilkowski-Dehove)
  • Une sélection qui s'intéresse aux femmes ! (J. Champeaux)
  • Edito (J. Champeaux)
  • Les hirondelles de Kaboul (J. Champeaux et P. Lefur)
  • Festival de Cannes 2019 (2) : une actualité brûlante (W. Verlaguet)

    Mentions légales

    Siège social, 40 rue de Las Sorbes, 34070 Montpellier

    Secrétariat national, 390 rue de Font Couverte Bât. 1, 34070 Montpellier
    04 67 41 26 55 - secretariat@pro-fil-online.fr

    Contact